____De tous les biens que la sagesse nous procure pour le bonheur de notre vie, celui de l'amitié est de beaucoup le plus grand. Le bonheur est quand à travers une étreinte, un pardon, un sourire, quand devant une immensité, un oiseau, une fleur, une démarche de don ou de paix, l'on est porté à sortir de ses propres frontières, pour goûter la joie... Fragile, délicate, mais puissante d'une force de vie, de la force de toute vie, c'est cette joie qui construit le bonheur, dans l'aptitude à la renouveler, à se la rappeler, à la susciter, à la partager. Quand le don de nos regrets, de nos désirs,de nos fermetures, de nos tristesses, de nos inquiétudes, de nos peurs, laisse place à la suavité du c½ur, le joie enveloppante guérit de tout, et s'ouvre à l'infini. Du plaisir on peut dire qu'il appartient à l'instant. Du bonheur on peut dire qu'il appartient au temps ou à la durée. En somme, ce bonheur aurait quelque chose de paradoxal : il suppose en effet que l'on ne se préoccupe pas d'abord de ce qui nous plaît, nous satisfait. Il en irait de lui comme du plaisir que l'on éprouve à agir de façon désintéressée : il ne pourrait arriver que comme un « plus », un surcroît, c'est-à-dire à condition de ne pas avoir été visé comme but ; et inversement, le fait même de le viser comme un but serait le plus sûr moyen d'empêcher sa venue. Si la conscience retient le passé et anticipe l'avenir, c'est précisément, sans doute, parce qu'elle est appelée à effectuer un choix: pour choisir, il faut penser à ce qu'on pourra faire et se remémorer les conséquences, avantageuses ou nuisibles de ce qu'on a déjà fait; il faut prévoir et il faut se souvenir.